Eurovillage


Tarifs
2€


 Dans le cadre du projet "Migrations : vivons la rencontre"

Après s’être déclarés comme demandeurs d’asile à l’Office des Etrangers de Bruxelles, les candidats au statut de réfugié sont hébergés dans des centres d’accueil dits "ouverts". Dans ces centres, ils attendent durant une durée indéterminée la réponse du Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides qui leur octroiera ou non le statut de réfugié. Dans le cas d’une réponse négative, ils seront priés de quitter le territoire. Eurovillage, un ancien village de vacances situé dans la forêt ardennaise, est devenu en 2011 un de ces centres d’accueil.

En première partie de soirée, les élèves de techniques sociales de l'ISMA vous proposeront un court docu-fiction illustrant leur approche du même phénomène.

La soirée sera suivie d'un débat encadré par le réalisateur, un correspondant de la Croix-Rouge, des membres du Crilux et d'autres acteurs liés à la problématique.

Eurovillage : l’Europe, si loin si proche…

 

A l’origine, « Eurovillage », c’est un village de vacances propret au-dessus de la côte des Fourches, près d’Herbeumont, en plein coeur des Ardennes. Un mode de tourisme semi-collectif qui a sans doute fait son temps, des installations sous-utilisées… et que l’on songe à réaffecter. Depuis janvier 2011, ces infrastructures ont été mises à disposition de la Croix-Rouge, afin d’y accueillir des demandeurs d’asile. A l’automne 2014, le cinéaste François Pirot, qui est de la région, a posé sa caméra, discrètement, dans ce centre d’accueil, pour nous en proposer une vision pleine d’humanité, qui tranche avec les discours de repli ambiants.

 

François Pirot a eu la bonne idée de se mettre dans la peau d’un observateur lambda, guidé par les valeurs de la fraternité, et de mettre de côté toutes les idées reçues véhiculées par les médias d’information. Comme tant d’autres citoyens, il a été interpellé par ce flux continu de gens qui, en dépit des risques du voyage, des mises en garde sur la face cachée du pseudo eldorado occidental, continuent d’arriver chez nous en recherche de lendemains meilleurs. Il nous épargne toute enquête géopolitique ou socio-économique sur les raisons d’un exil, parfois évoquées au détour d’une conversation, pour se concentrer sur les gens, leur quotidien, les problèmes auxquels ils doivent faire face, et l’angoisse liée à l’attente de la décision du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides. Aucun commentaire off ne vient se superposer aux situations observées : le spectateur est assez grand pour se fonder un avis, selon son degré d’empathie.

 

Le langage du cinéma

 

Cinéaste de fiction, François Pirot a particulièrement soigné la forme, pour mieux nous faire ressentir, presque viscéralement, la détresse des migrants. On est ici clairement dans le cinéma documentaire, avec des principes narratifs qui doivent bien plus au langage du septième art qu’aux codes de l’info télé. On note d’abord un soin tout particulier apporté aux cadres, qui font ressortir le décalage entre l’imaginaire véhiculé par ces migrants du monde entier, fuyant la tourmente et la guerre, et les paysages banals et apaisés des Ardennes. On se laisse ensuite bercer par une narration qui prend son temps, qui laisse le temps à la parole, mais aussi aux silences, pour apporter tout leur sens. Le tout est porté par un montage qui ménage une progression dramatique, passant du constat presque anecdotique du début, qu’on sent néanmoins chargé de mélancolie et lourd de menace, à la violence de la fin, et notamment quelques demandes d’asile refusées, corollaires d’une obligation de quitter le centre. François Pirot ne se pose pas en juge, en donneur de leçon. Sans pathos, il veut juste nous faire partager la vie ordinaire, loin de chez eux, de gens qui, finalement, sont en tout point ou presque nos semblables. Et c’est sans doute la meilleure façon de nous faire appréhender un problème difficile, et de nous obliger à réfléchir à tous les discours simplistes qu’il peut véhiculer. Alors que la crise migratoire atteint son paroxysme, Eurovillages est un film plus que nécessaire.

 

Pierre Duculot

Cinéaste, producteur de documentaires au sein de l’Atelier Wallonie Image Production

 


 

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