Théâtre

La petite fille aux allumettes

PAN ! La Compagnie

dès 8 ans
3ème à 6ème primaire

NOVEMBRE 2016
mardi 8, 10h et 14h
mercredi 9, 10h

espace théâtre
4 comédiens
jauge : 180
durée 45’

Dossier d'accompagnement ICI


auteure et metteuse en scène : Julie Annen / avec Salvatore Orlando, François Delcambre, François de Saint Georges, Viviane Thie- baud / scénographie : Prunelle Rulens / musique sonore et création son : Michel Zürcher / éclairages : Christophe Pitoiset / décors : Marc Defrise / régie : Mathieu Kaempfer / voix off : Elio Tarradellas


Coup de foudre de la presse et prix de la ministre de l’enseignement fondamental aux Rencontres de théâtre jeune public en août 2014

C’est un comble! C’est avec l’histoire la plus triste de tout le répertoire des contes d’Andersen que la compagnie Pan ! a réussi à créer l’une des pièces les plus solaires de toutes les Rencontres théâtre Jeune public de huy 2014. D’ailleurs, en sortant de La petite fille aux allumettes, un jeune garçon résumait parfaitement la chose: C’est bizarre, j’avais à la fois envie de rire et de pleurer !

Nous y allions avec des pieds de plomb pour avoir déjà essuyé des seaux de larmes à lire ce summum de tristesse comme histoire du soir, avant de fourrer discrètement le bouquin sur la plus inaccessible étagère de la bibliothèque, dans le secret espoir qu’il y disparaisse à jamais. A l’inverse, aujourd’hui, on voudrait mettre la pièce de Julie Annen entre les mains de tous les enfants, les laisser se perdre dans cette fable sur la pauvreté et l’exclusion, déployée avec un humour salvateur, un jeu ludique qui la sauve de tout désespoir et didactisme larmoyant.

Le point de départ de l’histoire est sans équivoque. soudainement plongée dans la misère, une famille se réfugie dans un camping-car pour y passer l’hiver. Alors que la mère est malade, le père envoie la petite fille dans la nuit froide chercher une allumette.

C’est là que commence notre spectacle, sur un plateau nu, seulement rehaussé d’une joyeuse guirlande lumineuse comme on en voit dans toutes les petites villes en fin d’année. Vêtus de chauds manteaux et de bonnets de laine, quatre comédiens prennent la narration à bras-le-corps (littéralement), interprétant une myriade de personnages, sauf la petite fille qui, symboliquement, restera sans incarnation charnelle. Ils interprètent tout, les villageois égoïstes mais aussi les éléments du décor, de la forêt menaçante au sapin de Noël enguirlandé. Même la dinde crépitant au four au milieu des patates rôties se trouve personnifiée dans un impayable numéro de french cancan. Il faut voir aussi leur personnification de la crèche ou encore leur interprétation d’un poêle à bois sur la musique de «Fever».
thèmes

C’est l’étrange exploit de ce spectacle: on rit de leurs gesticulations burlesques, mais on n’en garde pas moins la gorge serrée à voir la petite fille rester sur le seuil des réjouissances festives, écartée de toute cette chaleur sylvestre sans pouvoir même s’y réchauffer les mains. A mesure que le vin chaud et les accolades coulent à flot, la petite fille s’éteint dans la nuit gelée.
On entend alors des voix d’enfants (interviewés et rencontrés en amont par l’équipe) imaginer d’autres fins possibles à ce terrible épilogue: «On pourrait dire que c’était un rêve», avance l’un. «On pourrait appeler le shérif ou brûler la paille de la crèche pour la réchauffer», argumentent d’autres. Une belle manière de tout de même conclure cette Petite fille aux allumettes sur un sourire.

Bien entourée – notamment de Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant belge – l’auteure et metteuse en scène Julie Annen donne à cette fable espiègle une couleur plus politique, pour ouvrir les yeux sur une pauvreté qui n’épargne pas les pays dits «riches» et reste encore largement taboue. Aborder le repli sur soi et la misère en restant aussi lumineux et saugrenu, conter une histoire à mains nues, déshabiller nos cœurs tout en les réchauffant, voilà juste un théâtre jeune public comme on l’adore!
Catherine MAKEREEL - Le soir